« Lạc mất một quê hương » (Avoir perdu une patrie) — un sanglot étranglé sur la terre de l'exil
« L'oiseau a son nid, l'homme a ses ancêtres. » Tout être humain a une terre natale, une origine vers laquelle se tourner. Là se trouvent les aïeux, les grands-parents, les parents, la parenté, les frères et sœurs de même sang ; là se gardent des souvenirs sacrés que nulle vie ne saurait effacer. Mais un temps de guerre et de dispersion a jeté tant d'êtres dans la perte du pays et du foyer, entraînant les tragédies déchirantes de la condition d'exilé. Le poème « Lạc mất một quê hương » (« Avoir perdu une patrie ») de Đinh Nho Tiêu — 16ᵉ génération, branche B de la lignée Đinh Nho — est précisément un sanglot de cette sorte : le cri d'un fils qui a perdu sa patrie jusque dans sa propre pensée.
Dès l'ouverture, l'auteur place le lecteur devant un paradoxe poignant du destin :
L'anaphore « Pas une seule fois… » revient, pressante, comme une stupeur, un saisissement. En son for intérieur, il n'a jamais vraiment voulu partir : il ne s'est donc jamais dit que « partir, c'est l'adieu ». Il n'a jamais prononcé de mots d'adieu : il n'a donc jamais imaginé devoir « se promettre de revenir un jour ». Puis la tourmente de la dispersion a emporté ses pas d'errance, et la tragédie de la vie a fait qu'il n'a pu, pas même une fois, revenir.
Ainsi, sans pouvoir fouler à nouveau le sol natal, le pays se dresse pourtant dans sa pensée, avec une douleur qui étreint. Huế — symbole de la culture, ancienne capitale paisible et vénérable — surgit devant l'exilé sous les traits de la pagode Thiên Mụ, silencieuse, « assise à pleurer les ruines » de l'époque.
Loin de la terre qui l'a vu naître, le réel de l'exil apparaît nu et impitoyable :
Les trois « Non ! » placés en tête de chaque distique sont comme trois refus catégoriques et amers. Ils repoussent toute illusion et forcent l'homme à affronter un réel implacable. Parmi les feuilles jaunes de la terre étrangère, le poète ne voit ni la beauté ni la paix de la vie, mais seulement « les yeux de sa vieille mère voilés de larmes, à guetter son retour ». Cette image est une lame enfoncée dans le cœur : au pays, la mère âgée veille jour et nuit ; au loin, le fils nostalgique ne connaît que l'impuissance et l'étouffement.
Ce chagrin se démultiplie quand le printemps frappe à la porte. À chaque printemps — saison des retrouvailles et des réunions — le sujet lyrique « pleure en silence auprès des fleurs jaunes ». Ce jaune est la couleur de la branche de pêcher, du rameau d'abricotier du Tết au pays, la couleur d'une mémoire de paix ancienne. Et le comble de la tragédie survient face aux « tombes de l'exil » : tant d'hommes ont emporté le rêve du retour, pour finir par l'ensevelir avec leur dépouille sur une terre étrangère.
Alors, toute cette douleur et cette impuissance accumulées éclatent en un cri muet dans la dernière strophe :
Les deux questions rhétoriques — « Je ne suis pas parti !!! Comment suis-je devenu un homme d'exil ? / Je ne suis pas revenu !!! Comment ai-je perdu une patrie ? » — traduisent une stupeur, un affolement extrêmes. Il est des exils qui ne procèdent d'aucun choix, mais du cours de la vie, et qui font soudain d'un homme un étranger dans sa propre existence.
L'appel « Ô Patrie !!! », scandé d'exclamations en cascade, s'élève comme un sanglot déchirant devant la cruauté du temps. « La peau s'est ridée, les yeux se sont voilés, les cheveux commencent à blanchir » : quand la vieillesse a surgi et que le temps se tarit, toute gloire acquise en terre étrangère devient vaine. Le seul désir qui retienne encore la vie est la sagesse du « la feuille qui tombe revient à sa racine » : « Je n'espère que rentrer, attendre la mort au sein de la Patrie ».
Le poème se referme sur une interrogation suspendue : « Une moitié de vie, ou l'errance pour l'éternité ?!! ». Le vers dépose dans le cœur du lecteur une tristesse infinie. Ce n'est pas seulement la tragédie d'un individu, mais le pleur commun de toute une génération vouée à l'exil, portant sa vie durant le rêve lancinant du retour, jusqu'au dernier souffle.