Des tambours de bronze aux villes d'aujourd'hui : la grande fresque du pays,
et, portée par son courant, la barque de la lignée Đinh Nho — fondée à Hương Sơn
au milieu du XVIᵉ siècle, présente à chaque détour du fleuve.
南國山河南帝居 « Nam quốc sơn hà Nam đế cư — Sur les monts et les fleuves du Sud règne
l'empereur du Sud. » Vers attribué à Lý Thường Kiệt, 1077.
Deux histoires, une seule frise
Au-dessus le pays, au-dessous la lignée. Choisissez une époque : le détail s'ouvre ci-dessous. Le trait rouge marque l'entrée en scène des Đinh Nho, au XVIᵉ siècle.
Époque I · ~2879 av. – 111 av. J.-C.
Aux origines : Văn Lang
Le pays
Les rois Hùng et le royaume de Văn Lang ; la culture de Đông Sơn et ses tambours de bronze ; Âu Lạc et la citadelle de Cổ Loa, jusqu'à la conquête Han de 111 av. J.-C.
La lignée Đinh Nho
La lignée n'est pas encore fondée.
Époque II · 111 av. J.-C. – 938
Le millénaire chinois
Le pays
Mille ans de domination et de révoltes : les sœurs Trưng, la dame Triệu, Mai Thúc Loan du pays de Hoan — puis Ngô Quyền brise la flotte des Han du Sud sur le Bạch Đằng (938).
La lignée Đinh Nho
La lignée n'est pas encore fondée.
Époque III · 939 – 1009
L'indépendance : Đại Cồ Việt
Le pays
Đinh Bộ Lĩnh se proclame empereur (968) : le Đại Cồ Việt, capitale Hoa Lư, première monnaie du pays. Lê Đại Hành repousse les Song en 981.
La lignée Đinh Nho
Selon la tradition transmise, les ancêtres se rattachent au général Đinh Điền, compagnon de l'empereur Đinh Bộ Lĩnh, à Hoa Lư.
Époque IV · 1009 – 1225
Les Lý : Thăng Long
Le pays
La capitale devient Thăng Long (1010). Le Văn Miếu (1070), le premier concours mandarinal (1075), le Quốc Tử Giám (1076) : la voie des lettres s'ouvre.
La lignée Đinh Nho
L'institution qui fera le destin de la maison est née : étudier, concourir, servir — les fils de Hương Sơn la graviront six siècles plus tard.
Époque V · 1225 – 1400
Les Trần face aux Mongols
Le pays
Trois invasions mongoles brisées (1258, 1285, 1288) ; l'assemblée de Diên Hồng ; le chữ Nôm porte les premiers grands textes en langue vietnamienne.
La lignée Đinh Nho
La lignée n'est pas encore fondée.
Époque VI · 1400 – 1428
Les Ming et Lam Sơn
Le pays
Vingt ans d'occupation Ming, puis dix ans de reconquête : Lam Sơn, le Nghệ An comme base arrière (1424), Chi Lăng (1427) et la Grande proclamation.
La lignée Đinh Nho
La lignée n'est pas encore fondée.
Époque VII · 1428 – 1527
L'apogée des Lê
Le pays
L'apogée des Lê : treize circuits, code Hồng Đức, atlas du royaume ; dès 1484, les stèles des docteurs s'élèvent au Văn Miếu.
La lignée Đinh Nho
La maison Đinh de Gia Viễn sert les Lê ; Đinh Phúc Tiên, frère du futur fondateur, est reçu licencié en 1496.
Époque VIII · 1527 – 1592
La fracture Mạc
Le pays
Mạc Đăng Dung dépose les Lê (1527) : soixante ans de guerre civile jettent sur les routes du Sud des familles entières.
La lignée Đinh Nho
1543-1546 — la fondation. Quatre frères fuient Gia Viễn ; l'aîné, Đinh Phúc Diên, gagne An Ấp à Hương Sơn et devient le premier ancêtre.
Époque IX · 1592 – 1771
Trịnh et Nguyễn : le pays coupé
Le pays
Le pays coupé entre Trịnh et Nguyễn ; la marche vers le Sud atteint le Mékong ; le quốc ngữ naît (1651) et les concours connaissent leur âge d'or.
La lignée Đinh Nho
1670 — Đinh Nho Công docteur, premier grand lauréat. 1700 — son fils Đinh Nho Hoàn Hoàng giáp ; 1715, il part en ambassade chez les Qing et meurt en mission.
Époque X · 1771 – 1802
Les Tây Sơn
Le pays
La tempête paysanne des Tây Sơn ; Quang Trung écrase l'armée Qing à Đống Đa (1789) et élève le chữ Nôm au rang d'écriture d'État.
La lignée Đinh Nho
Le district est un foyer de l'esprit vietnamien : Hải Thượng Lãn Ông y soigne, Nguyễn Thiếp médite à La Sơn, le berceau de Nguyễn Du est à une vallée de là.
Époque XI · 1802 – 1858
Les Nguyễn de Huế
Le pays
Gia Long unifie le pays (1802), qui prend le nom de Việt Nam (1804) ; Minh Mạng centralise et crée la province de Hà Tĩnh (1831).
La lignée Đinh Nho
1838 — Đinh Nhật Thận, du rameau de Thanh Chương, est reçu docteur ; il laissera le « Thu dạ lữ hoài ngâm ».
Époque XII · 1858 – 1896
La conquête et le Cần Vương
Le pays
Les canonnières, les traités : le protectorat (1884). Hàm Nghi lance l'appel Cần Vương et le Hà Tĩnh résiste dix ans (Hương Khê).
La lignée Đinh Nho
1875 — Đinh Nho Điển docteur, dernier grand lauréat de la maison ; il meurt en 1884, l'année des traités. Dans la lignée sœur, Đinh Văn Chất tombe en martyr du Cần Vương.
Époque XIII · 1897 – 1940
L'ordre colonial et l'éveil
Le pays
L'Indochine française, la fin des concours (1915-1919), l'éveil : Đông Du, école libre du Tonkin, soviets du Nghệ-Tĩnh (1930).
La lignée Đinh Nho
Đinh Nho Thục meurt en 1910 au Laos, sur la route, aux côtés de Phan Bội Châu ; Đinh Nho Bộc meurt au bagne de Côn Đảo ; Đinh Thị Hoan est la grand-mère de Đặng Thai Mai ; Đinh Nho Hân, l'un des premiers docteurs en chimie d'Indochine, diplômé en France.
Époque XIV · 1940 – 1954
Indépendance : 1945–1954
Le pays
La famine de l'Ất Dậu, la Révolution d'Août et l'indépendance (2 septembre 1945), neuf ans de guerre jusqu'à Điện Biên Phủ (1954).
La lignée Đinh Nho
1947 — le poète Quỳnh Dao (Đinh Nho Diệm) tombe. La maison milite et administre : Đinh Nho Huề, Đinh Nho Bằng, Đinh Nho Vỵ.
Époque XV · 1954 – 1975
Le pays divisé : 1954–1975
Le pays
Vingt ans de pays divisé : les bombardements du Khu IV, Đồng Lộc (1968), les accords de Paris (1973) et la réunification (30 avril 1975).
La lignée Đinh Nho
Les liệt sĩ de la lignée — vingt-sept noms sur la stèle de cette page. Au Sud, le bonze Thích Minh Châu traduit le canon pali.
Époque XVI · 1975 – aujourd'hui
Réunification et Renouveau
Le pays
Le Đổi mới (1986) rouvre le pays ; ASEAN (1995), OMC (2007) ; en 2011 les stèles des docteurs entrent au registre « Mémoire du monde ».
La lignée Đinh Nho
Đinh Nho Liêm ambassadeur, Đinh Xuân Lâm historien, les mathématiciens Đinh Dũng et Đinh Nho Hào ; le gia phả de 2000, le livre de 2023.
Temps légendaires → 111 av. J.-C.
Aux origines : Văn Lang
Văn Lang, Âu Lạc et les tambours de Đông Sơn
La tradition fait naître le pays du mariage du dragon et de la fée : de Lạc Long Quân et
d'Âu Cơ viennent les cent fils, et du premier d'entre eux les rois Hùng, fondateurs du
royaume de Văn Lang dans la plaine du fleuve Rouge. Les grandes
légendes que chaque enfant vietnamien apprend encore datent de ce temps : Thánh Gióng,
l'enfant devenu géant pour chasser l'envahisseur ; Sơn Tinh et Thủy Tinh, le génie des
montagnes disputant chaque année sa fiancée au génie des eaux — mémoire des crues du grand
fleuve ; le prince Lang Liêu et ses gâteaux de riz, carré comme la Terre, rond comme le
Ciel, que l'on prépare toujours au Tết.
Derrière la légende, l'archéologie retrouve un très ancien peuplement — cultures de
Hòa Bình puis de Phùng Nguyên — qui aboutit à une civilisation de riziculteurs et de
bronziers hors pair : la culture de Đông Sơn
(Iᵉʳ millénaire av. J.-C.), dont les grands tambours de bronze, ornés d'un soleil à rayons,
de hérons et de barques à rameurs, restent l'emblème le plus ancien de l'identité
vietnamienne. Au IIIᵉ siècle avant notre ère, An Dương Vương unit Lạc Việt et Âu Việt dans
le royaume d'Âu Lạc et bâtit la citadelle en spirale de
Cổ Loa, dont l'arbalète magique et les remparts concentriques nourrissent une autre
légende — celle de Mỵ Châu et Trọng Thủy, première leçon de vigilance de l'histoire
nationale. Puis le général Triệu Đà absorbe Âu Lạc dans son royaume de Nam Việt, avant que
l'empire Han, en 111 av. J.-C., ne s'empare du tout : une domination chinoise s'ouvre, qui
durera près de mille ans.
~2879 av. J.-C.date traditionnelle de la fondation de Văn Lang par les rois Hùng
Iᵉʳ mill. av. J.-C.apogée de la culture de Đông Sơn — les grands tambours de bronze
257 av. J.-C.An Dương Vương fonde Âu Lạc ; citadelle en spirale de Cổ Loa
207 av. J.-C.Triệu Đà fonde le Nam Việt, qui absorbe Âu Lạc (~179)
111 av. J.-C.conquête Han : début du millénaire chinois
111 av. J.-C. → 938
Le millénaire chinois
Bắc thuộc — mille ans de domination, mille ans de résistance
Devenu commanderies de l'empire (Giao Chỉ, Cửu Chân, Nhật Nam), le pays reçoit du Nord
l'écriture, l'administration, les classiques confucéens — et par la mer, dès les premiers
siècles, le bouddhisme, dont Luy Lâu est l'un des plus anciens foyers d'Asie du Sud-Est.
Mais la sinisation s'arrête aux portes du village : la langue, le culte des ancêtres, le
mât du đình résistent à vingt dynasties. Les révoltes scandent les siècles : les sœurs
Trưng (40–43), qui chassent un temps les gouverneurs Han et
règnent depuis Mê Linh ; la dame Triệu (248), qui « chevauche
le vent et foule les vagues » ; Lý Bí, qui proclame en 544 l'éphémère royaume de
Vạn Xuân, « Dix mille printemps », défendu après lui par Triệu Quang Phục depuis ses
marais.
Le pays de Hoan — l'actuel Nghệ An–Hà Tĩnh, où s'écrira plus tard l'histoire des
Đinh Nho — entre ici dans la chronique : c'est de là que Mai Thúc
Loan lève en 722 la grande révolte contre les Tang et se proclame Mai Hắc Đế,
« l'Empereur noir », depuis sa citadelle de la vallée du Lam. Après lui, Phùng Hưng —
Bố Cái Đại Vương, « le roi Père-et-Mère » — assiège Tống Bình à la fin du VIIIᵉ siècle.
Quand l'empire Tang s'effondre, la famille Khúc prend en main le pays (905) et le
gouverne en autonomie ; Dương Đình Nghệ chasse les Han du Sud une première fois. Enfin,
en 938, son gendre Ngô Quyền plante des pieux ferrés dans le
lit du fleuve Bạch Đằng, attire la flotte des Han du Sud sur les pointes à marée
descendante et la brise : le millénaire se referme, l'indépendance est reconquise.
40–43soulèvement des sœurs Trưng ; répression du général Ma Yuan
187–226gouvernement de Sĩ Nhiếp ; essor des lettres et du bouddhisme à Luy Lâu
248révolte de la dame Triệu (Bà Triệu) au Cửu Chân
544–602Lý Nam Đế et le royaume de Vạn Xuân ; Triệu Quang Phục
722Mai Thúc Loan, du pays de Hoan, se proclame Mai Hắc Đế
905–931autonomie des Khúc, puis victoire de Dương Đình Nghệ
938Ngô Quyền détruit la flotte des Han du Sud sur le Bạch Đằng
939 → 1009
L'indépendance : Đại Cồ Việt
Ngô, Đinh, Lê antérieurs — l'État vietnamien prend forme
Ngô Quyền se fait roi (939) et rétablit sa cour à Cổ Loa, la vieille citadelle d'An
Dương Vương — geste de fondation autant que de mémoire. Mais sa mort livre le pays à
l'anarchie des Douze Seigneurs, chacun retranché dans sa vallée. C'est un homme de
Hoa Lư, Đinh Bộ Lĩnh — l'enfant gardien de buffles qui jouait
au roi avec des fleurs de roseau en guise d'étendards, dit la tradition —, qui les soumet
un à un et, en 968, se proclame empereur : Đinh Tiên Hoàng. Son royaume,
Đại Cồ Việt, capitale Hoa Lư au creux des pitons karstiques
(Ninh Bình), ère Thái Bình, première monnaie frappée du pays : pour la première fois
depuis mille ans, un État vietnamien souverain, doté de son nom, de son ère, de sa cour
et de son armée.
Assassiné en 979, l'empereur laisse le trône à un enfant. Face à l'invasion des Song qui
s'annonce, la cour porte au pouvoir le général Lê Hoàn — non sans que les fidèles de la
maison Đinh, Đinh Điền et Nguyễn Bặc en tête, ne meurent en s'y opposant, loyauté que la
postérité honore des deux côtés. Lê Đại Hành écrase l'armée Song en 981, sur le
Bạch Đằng et à Chi Lăng, puis mène la première grande campagne vers le Champa :
l'indépendance, aussitôt éprouvée, tient bon.
939Ngô Quyền roi ; la cour rétablie à Cổ Loa
944–967anarchie des Douze Seigneurs (loạn 12 sứ quân)
968Đinh Bộ Lĩnh empereur — Đại Cồ Việt, capitale Hoa Lư
970ère Thái Bình ; première monnaie vietnamienne (Thái Bình hưng bảo)
979assassinat de Đinh Tiên Hoàng ; Đinh Điền et Nguyễn Bặc meurent fidèles
981Lê Đại Hành repousse les Song (Bạch Đằng, Chi Lăng)
1009 → 1225
Les Lý : Thăng Long
La capitale du Dragon, le Văn Miếu et les premiers concours
En 1010, Lý Thái Tổ transporte la capitale à Đại La par l'« Édit sur le transfert de la
capitale » et la renomme Thăng Long, « le Dragon qui
s'élève » — Hanoï était née. Sous les Lý (1009–1225), l'État s'organise et s'enracine
pour deux siècles : premier code de lois écrit (Hình thư, 1042), digues du fleuve Rouge,
armée de rotation qui rend les soldats aux rizières, bouddhisme protecteur du trône —
c'est le temps du maître Vạn Hạnh, de la pagode au Pilier unique (1049), et aussi d'une
femme d'État remarquable, la régente Ỷ Lan, fille de cueilleuses de mûriers devenue mère
du royaume. En 1054, le pays prend le nom qu'il portera huit siècles :
Đại Việt.
Surtout, les Lý posent les fondations du savoir : le Văn
Miếu, temple de la Littérature, en 1070 ; le premier concours mandarinal en 1075 ;
le Quốc Tử Giám, première université du pays, en 1076. Quand la guerre revient, le
général Lý Thường Kiệt ose l'inouï : frapper le premier les
arsenaux Song de Ung Châu (1075), puis arrêter la contre-offensive sur la rivière
Như Nguyệt (1077), où retentit, dit-on, le poème que la postérité tient pour la première
déclaration d'indépendance du pays.
« Sur les monts et les fleuves du Sud règne l'empereur du Sud :
ainsi en a décidé, pour toujours, le Livre du Ciel. »
Nam quốc sơn hà — proclamation attribuée à Lý Thường Kiệt, 1077
1010Chiếu dời đô : la capitale passe à Thăng Long, « le Dragon qui s'élève »
1042Hình thư, premier code de lois écrit du pays
1054le royaume prend le nom de Đại Việt
1070–1076Văn Miếu, premier concours (1075), Quốc Tử Giám
1075–1077guerre contre les Song ; victoire de la Như Nguyệt
1225 → 1400
Les Trần face aux Mongols
Trois invasions repoussées, une nation soudée
Aux Lý succèdent les Trần (1225–1400), portés au pouvoir par l'habile Trần Thủ Độ, et à
eux revient l'épreuve la plus redoutable du Moyen Âge : l'empire mongol, vainqueur de la
Chine, se brise par trois fois sur le Đại Việt (1258, 1285, 1287–88). La recette de la
survie tient en trois mots : unité, patience, terre brûlée. L'assemblée de Diên Hồng
réunit les anciens de tout le pays pour décider de la guerre ; le prince
Trần Hưng Đạo exalte ses soldats dans la Proclamation aux
officiers, et ceux-ci se tatouent sur le bras « Mort aux Mongols » (Sát Thát) ; la
capitale est abandonnée vide à l'envahisseur autant de fois qu'il le faut. En 1288, sur
le Bạch Đằng hérissé de pieux comme au temps de Ngô Quyền, la
flotte yuan est anéantie et son amiral capturé. De ces victoires naît une certitude
durable : petit par la taille, le pays ne l'est pas par le cœur.
« — Faut-il céder, ou faut-il combattre ? — Combattre ! »
Réponse des anciens à l'assemblée de Diên Hồng, 1284
Les Trần sont aussi un siècle de lettres et de conscience : l'écriture démotique
chữ Nôm porte les premiers grands textes en langue
vietnamienne — la tradition veut que Hàn Thuyên ait chassé un crocodile du fleuve par un
poème (1282) ; le roi-moine Trần Nhân Tông, vainqueur des Mongols, dépose la couronne et
fonde sur le mont Yên Tử l'école bouddhique de Trúc Lâm ; et le maître Chu Văn An, qui
osa demander par écrit la tête de sept courtisans corrompus, laisse à tous les lettrés du
pays — ceux de la lignée compris — le modèle du maître intègre. Le siècle finit pourtant
dans l'épuisement : les raids du roi cham Chế Bồng Nga brûlent Thăng Long à trois
reprises, et la dynastie s'éteint.
1225avènement des Trần, œuvre de Trần Thủ Độ
1258première invasion mongole repoussée
1284–85Diên Hồng ; Proclamation aux officiers ; deuxième invasion brisée
1288victoire du Bạch Đằng sur la flotte yuan (Trần Hưng Đạo)
1299Trần Nhân Tông fonde l'école Trúc Lâm sur le mont Yên Tử
1371–1390raids du Champa de Chế Bồng Nga ; déclin de la dynastie
1400 → 1428
Les Ming et Lam Sơn
Vingt ans d'occupation, dix ans de reconquête
Hồ Quý Ly, réformateur audacieux — monnaie de papier, plafonnement des grands domaines,
refonte des concours, citadelle de pierre de Tây Đô —, renverse les Trần en 1400 ;
l'empire Ming saisit le prétexte et conquiert le pays en 1407. L'occupation est la plus
méthodique de l'histoire nationale : le pays redevient « Giao Chỉ », les registres et les
livres sont brûlés ou emportés vers Nankin sur ordre impérial, les mœurs du Nord
imposées jusqu'au vêtement. En 1416, dans la clairière de Lũng Nhai, dix-huit compagnons
prêtent serment autour d'un notable de Thanh Hóa, Lê Lợi ;
deux ans plus tard, l'étendard se lève à Lam Sơn, avec à ses côtés le lettré-stratège
Nguyễn Trãi, dont la doctrine — « attaquer les cœurs plutôt
que les citadelles » — fait de la guerre une œuvre de justice.
Les débuts sont terribles — Lê Lai revêt le manteau du chef pour mourir à sa place — et
la bascule vient du Sud : sur le conseil de Nguyễn Chích, l'armée fait du Nghệ An sa base
arrière (1424) — le pays de Hoan, encore, au pivot de l'histoire. En 1426, la victoire de
Tốt Động–Chúc Động ouvre la route de la capitale ; en 1427, l'armée de secours Ming est
écrasée à Chi Lăng–Xương Giang, son général Liễu Thăng tué au col. Alors, geste que la
Grande proclamation revendique avec fierté : aux vaincus, on donne des barques et
des chevaux pour rentrer chez eux. La légende ajoutera que Lê Lợi, la paix venue, rendit
son épée à la Tortue d'or du lac de la capitale — le lac de l'Épée restituée, Hồ Gươm.
« Notre patrie, le Đại Việt, est terre d'ancienne culture. Ses montagnes
et ses fleuves ont leurs bornes ; ses mœurs diffèrent de celles du Nord. »
Nguyễn Trãi, Bình Ngô đại cáo — Grande proclamation de la pacification des Ngô, 1428
1400Hồ Quý Ly renverse les Trần ; réformes et citadelle de Tây Đô
1407conquête Ming ; registres et livres emportés, pays rebaptisé « Giao Chỉ »
1416–1418serment de Lũng Nhai ; soulèvement de Lam Sơn (Lê Lợi, Nguyễn Trãi)
1424bascule stratégique : le Nghệ An devient la base de la reconquête
1427Chi Lăng–Xương Giang ; serment de paix de Đông Quan
1428Lê Lợi empereur ; Bình Ngô đại cáo, « seconde déclaration d'indépendance »
1428 → 1527
L'apogée des Lê
Lê Thánh Tông, le code Hồng Đức et les stèles des docteurs
La dynastie des Lê porte l'État vietnamien classique à son sommet — non sans
ombres : en 1442, l'affaire du Verger des litchis (Lệ Chi Viên) coûte la vie à Nguyễn
Trãi et à sa parenté, injustice que Lê Thánh Tông réparera en le réhabilitant. Sous ce
roi-lettré (1460–1497), l'administration se déploie en treize circuits tenus par des
mandarins recrutés au concours, le code Hồng Đức —
étonnamment protecteur des droits des femmes pour son temps — fait loi, le cadastre et
l'atlas du royaume s'établissent, les colonies militaires ouvrent des terres neuves, et
le royaume s'étend vers le sud (prise de Vijaya, 1471). Le roi lui-même préside une
académie de poètes, les « vingt-huit constellations » du Tao Đàn.
Les concours deviennent le cœur battant de l'État : session triennale, trois degrés —
régional, métropolitain, palatial —, et un palmarès gravé dans la pierre : dès 1484
s'élèvent au Văn Miếu les stèles des docteurs, portées par
des tortues de pierre, où la gloire d'un lauréat rejaillit sur son village et sa
descendance. C'est toute une pyramide de titres — du trạng nguyên au đồng tiến sĩ — que
les familles lettrées du pays apprennent à gravir : l'échelle même que graviront, deux
siècles plus tard, les fils de Hương Sơn.
1428Lê Thái Tổ restaure le Đại Việt
1442concours relancés ; tragédie de Lệ Chi Viên (mort de Nguyễn Trãi)
1460–1497règne de Lê Thánh Tông : treize circuits, code Hồng Đức, atlas du royaume
1471prise de Vijaya ; grande expansion vers le sud
1484premières stèles des docteurs au Văn Miếu
1495académie du Tao Đàn, les « vingt-huit constellations » de poètes
1527 → 1592
La fracture Mạc
Nam–Bắc triều : la guerre civile — et l'exil qui fonde la lignée
En 1527, le général Mạc Đăng Dung dépose les Lê et s'empare
du trône. Six ans plus tard, Nguyễn Kim rassemble les fidèles des Lê au Thanh Hóa et
restaure la dynastie : le pays se déchire entre « cour du Nord » et « cour du Sud ».
Soixante ans durant, la guerre civile des Nam–Bắc triều
ravage les deltas, vide les villages, jette sur les routes du Sud des familles entières —
lettrés, mandarins, paysans. Les Mạc, souverains contestés mais appliqués, continuent
pourtant de tenir les concours à Thăng Long : c'est sous leur règne qu'est reçu premier
lauréat, en 1535, Nguyễn Bỉnh Khiêm — « Trạng Trình », le
grand sage du siècle, dont les oracles guideront tous les partis. En 1592 seulement,
Thăng Long est reprise et les Mạc refoulés vers Cao Bằng, où leur maison survivra
jusqu'en 1677.
1527Mạc Đăng Dung dépose les Lê
1533restauration Lê au Thanh Hóa (Nguyễn Kim) ; début des Nam–Bắc triều
1535Nguyễn Bỉnh Khiêm, « Trạng Trình », premier lauréat sous les Mạc
1543–1546Đinh Phúc Diên s'établit à An Ấp, Hương Sơn — la lignée est fondée
1545mort de Nguyễn Kim ; Trịnh Kiểm prend la tête du parti Lê
1592chute de Thăng Long ; les Mạc refoulés à Cao Bằng
1592 → 1771
Trịnh et Nguyễn : le pays coupé
Les seigneurs rivaux, la marche vers le Sud — et l'âge d'or des concours
Les Lê restaurés règnent, mais ne gouvernent plus : au Nord, les seigneurs
Trịnh tiennent la cour ; au Sud, les seigneurs
Nguyễn font sécession — depuis que Nguyễn Hoàng, en 1558, est
parti pour Thuận Hóa sur un oracle prêté à Trạng Trình : « Une chaîne de Hoành Sơn, et
dix mille générations y trouvent refuge. » Sept campagnes (1627–1672) butent sur les
murailles de Đồng Hới, conçues par le stratège Đào Duy Từ, et sur la rivière Gianh,
devenue frontière — à une journée de marche au sud de Hương Sơn : la lignée naissante
grandit aux marches d'un pays coupé en deux.
De part et d'autre, deux Vietnam s'inventent. Au Sud, la « marche vers le Sud »
(Nam tiến) porte le pays jusqu'au delta du Mékong — Nguyễn Hữu Cảnh organise Gia Định
(Sài Gòn) en 1698, les réfugiés Ming s'installent en « villages Minh Hương ». Dans les
ports — Hội An face au Japon et à l'Europe, Phố Hiến au Nord, comme dit le proverbe :
« Premier la Capitale, second Phố Hiến » —, le grand commerce fleurit, et les
missionnaires fixent le vietnamien en alphabet latin : le futur
quốc ngữ (dictionnaire d'Alexandre de Rhodes, 1651). Au Nord,
la paix revenue rouvre grand la voie des concours : c'est l'âge d'or des « villages de
lauréats », où l'étude est la première des piétés — et où le vinh quy, le retour en
gloire du docteur sous les parasols, est la plus grande fête qu'un village puisse
connaître.
1558Nguyễn Hoàng part pour Thuận Hóa — l'oracle du Hoành Sơn
1627–1672sept campagnes Trịnh–Nguyễn ; murailles de Đào Duy Từ ; frontière de la Gianh
1651dictionnaire d'Alexandre de Rhodes : naissance du quốc ngữ
1670doctorat de Đinh Nho Công, premier grand lauréat de la lignée
1698Nguyễn Hữu Cảnh organise Gia Định (Sài Gòn) ; le Mékong devient vietnamien
1715ambassade de Đinh Nho Hoàn auprès des Qing
1771 → 1802
Les Tây Sơn
La tempête paysanne et l'éclair de Quang Trung
Partie des collines de Tây Sơn en 1771, la révolte des trois frères Nguyễn — Nhạc, Huệ,
Lữ — balaie tout : les seigneurs du Sud (1777), puis ceux du Nord (1786), puis les
dynasties elles-mêmes. En 1785, la flotte siamoise venue rétablir Nguyễn Ánh est détruite
dans la nasse de Rạch Gầm–Xoài Mút ; en 1789, au Tết de l'année Kỷ Dậu,
Quang Trung (Nguyễn Huệ), couronné en hâte, fond sur
Thăng Long en cinq jours de marches forcées et écrase à
Ngọc Hồi–Đống Đa l'armée d'intervention des Qing — l'une des
victoires les plus foudroyantes de l'histoire du pays, que Hanoï fête encore chaque
cinquième jour du Tết.
L'« empereur en habit de toile » gouverne en réformateur : le chữ Nôm élevé au rang
d'écriture d'État, une académie — le Sùng Chính viện — chargée de traduire les classiques
en langue nationale, et confiée au sage que Quang Trung courtisa par trois lettres
respectueuses : Nguyễn Thiếp, « le maître de La Sơn », ermite
des collines voisines de Hương Sơn. Il rêve même d'une nouvelle capitale au pays de
Hoan — Phượng Hoàng Trung Đô, au pied du mont Quyết, l'actuelle Vinh. Sa mort précoce
(1792) laisse l'œuvre en suspens ; en 1802, Nguyễn Ánh l'emporte.
1771soulèvement des trois frères de Tây Sơn
1785Rạch Gầm–Xoài Mút : la flotte siamoise détruite
1791Sùng Chính viện : les classiques traduits en Nôm sous Nguyễn Thiếp
1792mort de Quang Trung ; 1802 : victoire finale de Nguyễn Ánh
1802 → 1858
Les Nguyễn de Huế
Gia Long, Minh Mạng : l'unité retrouvée, l'orthodoxie confucéenne
Vainqueur des Tây Sơn, Gia Long unifie en 1802, pour la
première fois dans ses frontières modernes, un pays qui prend en 1804 le nom de
Việt Nam, et fixe la capitale à Huế, où s'élèvent la citadelle
et les tombeaux impériaux. Son fils Minh Mạng (1820–1841)
centralise avec rigueur : provinces redessinées en 1831 — Hà Tĩnh naît alors comme
province —, mandarinat discipliné, code et rites, et bientôt le nom ambitieux de
« Đại Nam ». C'est un grand siècle littéraire : le Kiều de Nguyễn Du conquiert
toutes les mémoires, la poétesse Hồ Xuân Hương ose des vers que la bienséance n'osait
pas, Bà Huyện Thanh Quan polit ses élégies.
Mais l'ordre confucéen a ses raideurs : révoltes paysannes et prétendants matés (Phan Bá
Vành, Lê Văn Khôi), chrétientés persécutées, mémoires réformateurs poliment enterrés.
Les concours battent leur plein aux quatre coins du royaume — au camp d'examen du
Nghệ An se pressent les fils des maisons lettrées — pendant qu'à l'horizon croisent déjà
les canonnières occidentales.
1802Gia Long unifie le pays ; capitale à Huế
1804le pays prend le nom de Việt Nam
1815code Gia Long
1820–1841Minh Mạng : centralisation ; 1831, naissance de la province de Hà Tĩnh
1833–1835révolte de Lê Văn Khôi ; durcissement contre les chrétientés
1838doctorat de Đinh Nhật Thận ; le pays devient « Đại Nam »
1858 → 1896
La conquête et le Cần Vương
Les canonnières, les traités — et la résistance des lettrés
Le 1ᵉʳ septembre 1858, l'escadre française bombarde Đà Nẵng. En un quart de siècle, tout
bascule : la Cochinchine cédée (1862, 1867) malgré Trương Định et Nguyễn Trung Trực ; le
Tonkin envahi par deux fois — le vieux gouverneur Hoàng Diệu se pend plutôt que de
survivre à la chute de Hanoï (1882) — ; les traités de 1883–1884 qui font de ce qui reste
un protectorat ; et les mémoires visionnaires du réformateur Nguyễn Trường Tộ, resté sans
écho, comme un remords national. À Huế, quatre empereurs se succèdent en une année.
« Ce n'est que lorsque les Français auront arraché jusqu'à la dernière
herbe du pays du Sud qu'il n'y aura plus d'hommes du Sud pour les combattre. »
Nguyễn Trung Trực, avant son exécution, 1868
En juillet 1885, la cour tente un coup de force ; le jeune empereur
Hàm Nghi s'enfuit dans les montagnes et lance l'appel
Cần Vương — « au secours du roi ». C'est dans les monts du
Hà Tĩnh qu'il trouve refuge, avant d'être trahi, capturé (1888) et exilé à Alger. Et
c'est là que la résistance dure le plus longtemps : l'insurrection de
Hương Khê (1885–1896), menée par le docteur
Phan Đình Phùng, natif du district voisin de La Sơn — sommé
de se rendre quand on menaçait jusqu'aux tombes de ses ancêtres, il répondit qu'il ne lui
restait qu'une seule tombe à défendre : le pays tout entier. Son bras droit, le forgeron
de génie Cao Thắng — un enfant de Hương Sơn même —, reproduit
les fusils français dans les forges de la guérilla avant de tomber au combat (1893) ;
quinze bases tiennent les quatre provinces jusqu'à la mort du chef (1895).
1858bombardement de Đà Nẵng ; 1859, prise de Saïgon
1862–1867cession de la Cochinchine ; résistances de Trương Định, Nguyễn Trung Trực
1873 / 1882coups de force au Tonkin ; mort de Hoàng Diệu
1883–1884traités Harmand puis Patenôtre : le protectorat
5-7-1885chute de Huế ; fuite de Hàm Nghi ; édit Cần Vương (13 juillet)
1885–1896insurrection de Hương Khê : Phan Đình Phùng, Cao Thắng
1897 → 1940
L'ordre colonial et l'éveil
L'Indochine française, la fin des concours, les chemins de la modernité
L'Indochine française s'organise sous Paul Doumer : chemins de fer — le pont Long Biên
enjambe le fleuve Rouge en 1902 —, plantations d'hévéas, mines de Hòn Gai, rizeries de
Cholon ; et impôts de capitation, corvées, monopoles du sel, de l'alcool et de l'opium.
Le riz s'exporte pendant que les campagnes s'endettent. L'ancienne élite lettrée voit son
monde se dissoudre : les concours mandarinaux, vieux de huit siècles, tiennent leurs
dernières sessions (1915 au Nord, 1919 à Huế). L'éveil vient vite, et par tous les
chemins : Phan Bội Châu, du Nghệ An voisin, envoie la
jeunesse étudier au Japon (mouvement Đông Du) ; Phan Châu
Trinh prêche la réforme pacifique ; l'école libre du Tonkin
(Đông Kinh nghĩa thục, 1907) répand le quốc ngữ avant d'être
fermée et ses maîtres déportés au bagne de Côn Đảo — la révolte de l'impôt du Centre
(1908), le complot du jeune roi Duy Tân (1916), la mutinerie de Thái Nguyên (1917)
jalonnent la même colère.
« Éclairer l'esprit du peuple, tremper son courage, assurer sa vie. »
Phan Châu Trinh — Khai dân trí, chấn dân khí, hậu dân sinh
En 1919, un jeune homme parti du Nghệ An sous le nom de Nguyễn Ái Quốc porte à
Versailles les Revendications du peuple annamite ; on ne lui répond pas, et le
siècle en sera changé. En 1930, l'insurrection nationaliste de Yên Bái est fusillée —
« À défaut de réussir, du moins devient-on un exemple », dit Nguyễn Thái Học — et le
Parti communiste naît la même année ; la colère paysanne embrase alors le Nghệ An et le
Hà Tĩnh : les soviets du Nghệ-Tĩnh (1930–31), réprimés dans
le sang — le 12 septembre 1930, l'aviation bombarde la marche de Hưng Nguyên. Dans les
villes, pendant ce temps, une presse en quốc ngữ, des romans, la « Nouvelle poésie »
(Thơ mới) inventent le Vietnam moderne — jusqu'à ce que la guerre mondiale rebatte
toutes les cartes.
1887 / 1897Union indochinoise ; grands travaux et monopoles de l'ère Doumer
1905–1908Đông Du, Đông Kinh nghĩa thục, révolte de l'impôt du Centre
1915 / 1919dernières sessions des concours mandarinaux
1919Revendications du peuple annamite à Versailles (Nguyễn Ái Quốc)
1930Yên Bái ; fondation du Parti ; soviets du Nghệ-Tĩnh
1932–1945Thơ mới, Tự Lực văn đoàn : la modernité littéraire en quốc ngữ
1940 → 1954
Indépendance : 1945–1954
La famine, la Révolution d'Août, Điện Biên Phủ
L'occupation japonaise (1940) superpose ses réquisitions à l'ordre colonial — riz
arraché, jute imposé à la place des rizières — et au tournant de 1944–45, la
famine de l'année Ất Dậu emporte, du Quảng Trị au delta du
fleuve Rouge, plus d'un million de vies : le Nghệ An et le Hà Tĩnh comptent parmi les
terres les plus meurtries, et aucune famille du pays de Hoan n'en sortit indemne. Le
9 mars 1945, le Japon balaie l'administration française ; dans le vide du pouvoir, le
Việt Minh — fondé à Pác Bó en 1941 — donne l'assaut : la
Révolution d'Août l'emporte en quelques semaines, et le
Hà Tĩnh est l'une des toutes premières provinces où le pouvoir change de mains. Le
2 septembre, sur la place Ba Đình, Hồ Chí Minh proclame l'indépendance de la République
démocratique du Vietnam ; en janvier 1946, le pays vote pour la première fois, et se
donne une constitution.
« Tous les hommes naissent égaux. De ce sens large, la phrase signifie :
tous les peuples de la terre naissent égaux ; tout peuple a le droit de vivre, d'être
heureux et d'être libre. »
Déclaration d'indépendance, Hanoï, 2 septembre 1945
La guerre revient dès décembre 1946. Neuf années durant, le pays de Hoan — la
Zone IV libre (Liên khu IV) — sert d'arrière-pays à la résistance : greniers, ateliers,
écoles repliées, imprimeries de maquis ; les campagnes de la frontière (1950) puis du
Nord-Ouest préparent l'assaut final. Du 13 mars au 7 mai 1954, dans la cuvette de
Điện Biên Phủ, cinquante-six jours de tranchées et
d'artillerie hissée à bras d'homme décident du sort de l'Indochine française. Les
accords de Genève (juillet 1954) coupent provisoirement le pays au 17ᵉ parallèle, « en
attendant les élections » qui ne viendront jamais.
1940–41occupation japonaise ; fondation du Việt Minh à Pác Bó
1944–45famine de l'Ất Dậu : plus d'un million de morts
19-8-1945Révolution d'Août ; le Hà Tĩnh parmi les premières provinces libérées
2-9-1945Déclaration d'indépendance, place Ba Đình
19-12-1946début de la guerre d'Indochine ; le Liên khu IV, arrière-pays
7-5-1954victoire de Điện Biên Phủ ; accords de Genève (21 juillet)
1954 → 1975
Le pays divisé : 1954–1975
Vingt ans de guerre, un deuil partagé, la réunification
De part et d'autre du 17ᵉ parallèle, deux États s'installent, près d'un million de
personnes passent au Sud, des cadres du Sud remontent au Nord — les familles, déjà, se
coupent en deux comme le pays. À partir de 1960 la guérilla reprend au Sud ; l'incident
du golfe du Tonkin (1964) ouvre l'ère de l'intervention américaine massive — débarquement
à Đà Nẵng et bombardements systématiques du Nord dès 1965. Le « goulet » du Khu IV —
Thanh Hóa, Nghệ An, Hà Tĩnh — où passent les routes 8 et 15 vers le Laos et la piste
Trường Sơn, est pilonné sans relâche : ponts refaits de nuit, bacs cachés le jour,
villages d'écoles enterrées sous les bambous. Au carrefour de
Ngã ba Đồng Lộc (Hà Tĩnh), dix jeunes volontaires de la
circulation, toutes des filles de la province, tombent le même jour de juillet 1968 — le
lieu est devenu mémorial national.
L'offensive du Tết (1968) retourne l'opinion américaine ; les négociations s'ouvrent à
Paris pendant que la guerre s'étend ; en décembre 1972, les B-52 frappent Hanoï et
Hải Phòng douze nuits durant — la rue Khâm Thiên en garde le deuil. Les accords de Paris
(27 janvier 1973) retirent les troupes américaines ; l'offensive du printemps 1975
s'achève le 30 avril à Saïgon. Le pays, au prix de millions
de vies dans toutes les familles, du Nord au Sud, retrouve son unité.
1954–1956deux États s'installent ; un million de personnes changent de zone
1964–1965golfe du Tonkin ; débarquement à Đà Nẵng ; le Nord sous les bombes
24-7-1968Ngã ba Đồng Lộc : les dix jeunes volontaires de Hà Tĩnh
1968offensive du Tết ; ouverture des pourparlers de Paris
12-1972bombardements de Noël sur Hanoï (Khâm Thiên)
30-4-1975fin de la guerre ; réunification du pays
Tổ quốc ghi công
Les liệt sĩ de la lignée, tombés pour la Patrie
Vingt générations durant, la maison a donné ses fils au pays.
Voici ceux que nomment le gia phả Canh Thìn (2000) — sa liste des liệt sĩ et ses
planches — et le livre de 2023.
Liệt sĩ烈士 — mot à mot
« l'homme d'honneur inflexible » : liệt, ardent, qui ne plie pas ;
sĩ, le lettré, l'homme de principe. Dans la tradition, celui qui meurt plutôt
que de manquer à son devoir. Le Vietnam d'aujourd'hui en a fait un titre officiel :
l'État le décerne à ceux qui sont tombés pour l'indépendance et la défense du pays, et
remet à leur famille le certificat Tổ quốc ghi công — « la Patrie inscrit leur
mérite », les mots mêmes gravés en tête de cette stèle. Chaque 27 juillet, le pays
entier honore ses liệt sĩ.
Avant 1945 — pour l'éveil national
Đinh Nho ThụcĐinh Doãn Tế, 1884–1910 · mort au Laos, aux côtés de Phan Bội Châu
Đinh Nho Bộcarrêté en 1924, mort au bagne de Côn Đảo
Đinh Văn Sỹ† 1953 · fils de Đinh Nho Thưởng et de Nguyễn Thị Kế
Résistance anti-américaine · 1955–1975
Đinh Nho Điều† 1960 · fils de Đinh Nho Lựu
Đinh Nho Sung† 1967 · fils de Đinh Nho Huyên
Đinh Nho Tùng† 1969 · fils de Đinh Nho Lựu, frère de Nho Điều
Đinh Nho Than† 1969 · fils de Đinh Nho Đông
Đinh Nho Bárésistance anti-américaine
Đinh Nho Tuệfils de Đinh Nho Xang
Tombés pour la Patrie — année non consignée
Đinh Nho Lươngfils de Đinh Nho Nghiêm (Viêm)
Đinh Nho Quếfils de Đinh Nho Đào
Đinh Nho Trâmfils de Đinh Nho Ninh
Đinh Nho Bảfils de Đinh Nho Trự
Đinh Nho Xufils de Đinh Nho Lục
Đinh Nho Nhâmfils de Đinh Nho Cung
Đinh Thanh Đoàifils de Đinh Nho Lạm
Đinh Xuân Sơnfils de Đinh Xuân Thịnh
Đinh Nho Thườngné en 1938 · fils de Đinh Nho Đại
Đinh Nho Trườngfils de Đinh Nho Đại, frère de Nho Thường
Đinh Nho Cươngfils de Đinh Nho Tứ
Đinh Nho Mậu16ᵉ génération, branche aînée
Đinh Nho Mởufils de Đinh Nho Thắm
Đinh Nguyên Hàfils du poète Quỳnh Dao (Đinh Nho Diệm)
La lignée honore avec eux Nguyễn Thị Kế, épouse
de Đinh Nho Thưởng et mère du martyr Đinh Văn Sỹ, distinguée du titre de
Mère héroïque du Vietnam — et, dans la lignée sœur de Nghi Long, le docteur
Đinh Văn Chất, martyr du Cần Vương (1887). Que
ceux dont le nom attend encore d'être relevé pardonnent : le travail de mémoire
continue, au temple comme dans le gia phả en ligne.
1975 → aujourd'hui
Réunification et Renouveau
Đổi mới : le pays s'ouvre, la diaspora fleurit, la mémoire se transmet
L'après-guerre est rude : économie de rationnement — le « temps des tickets » (thời bao
cấp) dont chaque famille garde les récits de queues et de pénuries —, guerre au Cambodge
contre les Khmers rouges (1978–79), attaque chinoise sur la frontière nord (février
1979), embargo. Des centaines de milliers de Vietnamiens prennent la mer ou la route —
l'exil douloureux des « boat people », d'où naîtra pourtant l'une des grandes diasporas
de notre temps. En 1986, le VIᵉ Congrès engage le Đổi mới —
le Renouveau : la terre rendue aux familles paysannes, l'initiative privée reconnue, le
pays rouvert. Le riz manquant redevient riz exporté ; la paix cambodgienne (1991), la
levée de l'embargo (1994), la normalisation avec les États-Unis et l'entrée dans l'ASEAN
(1995), puis l'OMC (2007) rebranchent le Vietnam au monde.
Le Vietnam d'aujourd'hui, fort de cent millions d'habitants, compte parmi les économies
les plus dynamiques d'Asie — ateliers du monde, rizières et start-up, mégapoles et
villages connectés. Sa mémoire entre au patrimoine de l'humanité : Huế (1993), la baie
d'Hạ Long, Hội An et Mỹ Sơn, la citadelle de Thăng Long, la musique de cour, les chants
quan họ — et, en 2011, les stèles des docteurs du Văn Miếu, où s'inscrivit jadis la
gloire des lauréats, rejoignent le registre « Mémoire du monde » de l'UNESCO. La boucle
des siècles se referme sur la pierre gravée ; et sur toute la terre, cinq à six millions
de Vietnamiens d'outre-mer tissent le pont entre leurs pays et leur source.
1976République socialiste du Vietnam ; les années du « bao cấp »
1978–1979guerre au Cambodge ; attaque chinoise à la frontière ; exode des boat people
1986VIᵉ Congrès : le Đổi mới, l'économie rouverte
1994–1995levée de l'embargo ; relations avec les États-Unis ; entrée dans l'ASEAN
2007entrée à l'OMC ; décollage économique
2011les stèles des docteurs du Văn Miếu au registre « Mémoire du monde »